J'aime ces jours de pluie, qui nous permettent de cocooner sans vergogne, qui respectent le plaisir crasse et vicieux de ne rien faire, de flâner entre le lit et le divan, de flamber ce temps habituellement si précieux.
Aujourd'hui, c'est la journée des petits plaisirs. Un petit déjeûner au Café du Monde, face au fleuve qui, gentil pâtre, laisse bondir ses moutons au sommet des vagues. Une douce bruine habille les bateaux d'un voilage mystérieux camouflant leurs formes tout en laissant s'exprimer leur grâce. Je savoure le plaisir chaud et sec d'un thé noir, dans cette verrière qui protège à peine de la grisaille de ce matin.
De retour à la maison, c'est la musique, douce et sucrée, qui enrobe la journée de sa délectable présence. Elle est ma compagne pour chaque seconde de ce long moment de paresse, elle comble chaque instant de sa douceur et de son charme délicat. Une musique choisie pour ses caresses zéphiriennes, pour la brise coquine que ses notes en farandole sèment dans ma tête. Cette cervelle qui est en jachère fleurie toute la journée, laissant reposer la terre de mes pensées; peut-être seront-elles plus vigoureuses et surtout plus souriantes à leur retour demain?
Une autre douceur pour ma farniente: un livre, lourd et gros, qui emplit les mains comme le crâne, par le poids des rêves qu'il porte en son sein. Ce volume me fait voyager, du fin fond de mon canapé, visiter d'autres lieux que ceux qui gardent mon corps, voir d'autres paysages que ce fleuve maussade devant moi, écouter d'autres oiseaux que ceux qui occupent ma vie, être le témoin indiscret de ces gens qui vivent entre les pages... Je plonge à ma guise dans cet océan inconnu, cet univers merveilleux, j'y vis de précieux moments volés à cette journée qui porte à pécher.
Puis un long bain m'enveloppe dans sa bulle soyeuse, sensuelle, voluptueuse. Mon corps de femme se repaît du plaisir moelleux de l'abandon, celui de la peau qui jouit de la cajolerie de l'onde... Que je trouve un amant qui me fasse frémir ainsi et je serai son esclave! En attendant, je déguste le frisson de ma chair, au diable la morale... Et de l'enfer, je ramène la flamme d'une chandelle, pour le plaisir de la humer, de me délecter de l'odeur de l'eau mêlée à celle du feu.
Enfin, ce dernier petit plaisir, plus innoncent et plus pur, celui de vivre tout simplement. Savoir reconnaître et saisir la seconde fugace d'un instant de bonheur est un art, une poésie. Cesser la course à la vie et regarder se tisser, un court moment, la fragile dentelle des hésitations et des hasards qui occupent notre quotidien. De cette valse intemporelle, garder la mémoire de la robe qui gondole dans le bas, de la main ferme du cavalier sur la taille délicate de sa partenaire, de la peau soyeuse et tendre du dos de celle-ci. Que des aperçus, qui prennent tout l'espace et qui donnent, en toute fin, le vrai sens de ces pas réglés si bien...
samedi 27 septembre 2008
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